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    April, 2007

    de libéral à libertaire...

     
    De libéral à libertaire, il n'y a qu'une terminaison qui diffère*.
    La racine est commune - et certes bien éloignée du communisme.
     
    J'exerce moi-même une activité en profession libérale et me définis comme libertaire. Alors, suis-je le terrain d'une absurde, voire cynique contradiction ? Mon activité peut-elle s'affranchir de mon opinion, de mon idéal et réciproquement ? Ou ne pourrait-on voir poindre, dans cette antinomie apparente, le grand écart que nous sommes tous amenés à gérer, celui qui se place entre nos actes et nos idées ?
     
    * Oui et 10 fers, ça fait lourd à porter! 
    Rafraîchissons nos méninges.
    HOBBES, LOCKE, SMITH, chantres du libéralisme florissant au XIXème siècle (siècle porteur des lumières démocratiques) seraient bien marris de voir ce que les ténors de la droite prétendent proposer comme modèle de société libérale aujourd'hui. Leur néolibéralisme n'a rien de nouveau : il consacre le pouvoir oligarchique des possédants, les méritants, au mépris le plus complet des autres individus, salariés pour les plus "chanceux", réduits à l'état de bêtes de somme, considérés comme entités négligeables pour la plupart. Leur cynisme ne connaît aucune limite et se manifeste dans l'hypocrisie la plus ostentatoire et, finalement, attentatoire aux libertés fondamentales. Ils prônent la "valeur travail" en escomptant rien moins que d'en être exemptés en faisant fructufier leur argent (on dit capital, non ?). Ils se gargarisent de notions telles que "le respect", "la responsabilité", "l'effort", "la civilité". Des termes qui doivent s'appliquer à tous sauf à eux-mêmes afin d'asseoir une paix sociale dont ils ne PEUVENT PAS faire l'économie s'ils veulent continuer à prospérer.
     
    Or tout est là. Dans la paix sociale.
    SMITH et consorts le savaient bien. Le libéralisme dont ils ont posé les fondements avait une destination claire : le bien-être et l'intérêt général. Aucun échange n'est possible, aucune prospérité envisageable qui ne finissent par profiter au plus grand nombre. L'esprit de caste demeurait, mais dans une certaine mesure, en proposant une redéfinition de la noblesse, celle qui s'expose (en terme libéraux on dit : prend des risques ou entreprend). Comme ces nobles qui partaient en guerre l'écharpe blanche à leur bras bien visible, les désignant comme principale cible puisqu'il tenait de leur responsabilité que d'assurer la sécurité des biens et des personnes sur leurs domaines, l'entrepreneur libéral s'octroie la meilleure part des profits de son activité puisqu'il en est l'initiateur, mais il s'empresse d'en redistribuer le reliquat dans une meilleure qualité du travail, dans la recherche de techniques innovantes, dans des prix attractifs sur les marchés et jusqu'à des organisations dites "paternalistes" dont ne demeurent que les comités d'entreprises, mais qui ont vu fleurir au seuil des entreprises des écoles ou ce que l'on appellerait aujourd'hui des garderies - des services aux salariés!
     
    Le marché n'est en rien une fin en soi!
    De ce fait, l'Etat avait un rôle nécessaire : prélever sur les bénéfices de l'entreprise de quoi redistribuer aux populations des services "sociaux", réguler le marché pour en garantir l'accessibilité (donc la consommation), organiser la négociation autour des conditions de travail (du code du travail jusqu'à la présence et au rôle des syndicats). En tout état de cause : le marché n'était en rien une fin en soi! La plus value de l'activité avait une fonction progressiste... et calculée : si tout le monde y trouve du mieux, la paix sociale a des chances de perdurer. Et quand on se sent bien, on achète, on travaille, on participe. La machine tourne.
     
    A peine ces bourgeois avaient-ils installé le meilleur des systèmes possibles pour assurer la pérennité de leurs activités industrielles et mercantiles (la démocratie libérale) que déjà le pouvoir de l'usurier, celui du thésaurisateur de valeurs mettait en place le capitalisme et sa logique virtuelle : faire de l'argent avec de l'argent. Feignant d'oublier au passage ce qui produit de la valeur : le travail. Si l'on avait pu transformer les hommes en fourmis, c'en eût été vite fini de la condition humaine. Mais la "classe laborieuse" avait retenu une leçon cruciale des idéaux révolutionnaires de 1789 : le religieux et le possédant n'avaient plus rien à faire sur son dos! Les hommes naissent libres et égaux...
     
    Le Capital, chronique d'une mort intrinsèque.
    "La religion, c'est l'opium du peuple" avait dit Marx. L'accès du peuple au savoir qu'engendrait (un peu malgré elle) la logique libérale précipita l'avènement du modèle capitaliste, grand sursaut des acharnés du pouvoir castique. Logique primaire du rapport à la puissance dont découlent toutes les mesures conservatoires (de repli communautaire, dit-on aujourd'hui) et tous les conservatismes (invoquant la fatalité, l'autorité hiérarchique, le dogme absolu...), le possédant n'aura de cesse de maintenir en léthargie ceux dont le destin doit être de travailler pour lui et son seul bénéfice. Or, la clairvoyance de Marx (dans son ouvrage "Le Capital") le conduira à démontrer comment la cupidité aveugle du capitaliste l'entraîne de fait vers son propre anéantissement.
     
    Considérant l'Etat comme un frein à l'individualisme-roi, le capitaliste (oui bon, le néolibéral, maintenant) lui dénie toute capacité de régulation du marché et le relègue à un rôle sécuritaire. C'est à l'Etat de maintenir la paix sociale, le marché quant à lui s'occupe de ses seules affaires... de marché. Une seule règle valable à ses yeux : avoir ou être eu. Et le marché de ressortir les vieilles ficelles des pouvoirs oligarchiques, telles que "diviser pour mieux régner". Où l'on voit revenir au grand galop les "eux ou nous", "les ceux-d'en-haut et les ceux-d'en-bas", les "marche ou crève", etc.
     
    Le retour de la lutte des classes ?
    Le problème, c'est que le marché souhaitant s'affranchir de tout rôle social - hormis peut-être celui d'entretenir les pratiques consuméristes, va se retrouver face à une lutte des classes qu'il croyait dépassée. Il n'y a pourtant pas si longtemps que des barons de la finance et des industriels fortunés étaient kidnappés, mutilés, abattus de sang-froid par des "illuminés anarchiques acoquinés au grand banditisme et soutenus par la chienlit". Les actuels jeunes loups et leurs grabataires chefs de meute ont vraisemblablement la mémoire aussi courte que la vue rivée sur leurs tas de deniers. La piqûre des anarchistes virulents, ceux qui se sont nourris au lait rouge amer de Louise Michel, Sacco et Venzetti, Bonnie and Clyde et autres Mesrine ou bande à Bader, ne les a manifestement pas vaccinés.
    C'est pourtant au cri de "NI DIEU NI MAÎTRE" que la réaction du peuple a voulu se faire entendre (et finit par faire école) au nom et au sein des peuples asservis, sacrifiés à l'industrie guerrière jusqu'au génocide.
     
    Ne se soumettre à aucun dogme et n'être maître que de soi...
    Tiens, je crois bien que c'est pour cela que j'ai quitté le salariat et tenté de travailller à mon compte, en profession libérale.
    Mon activité ? Un service aux personnes. Mon domaine ? La culture et le savoir que véhiculent les actes de dire, lire et raconter. Un marché porteur ? Mouaif...
     
    Et pourquoi pas NI DIEU NI MAÎTRE EN CULTIVANT SON JARDIN!
     
    Pourquoi ne pas pousser à l'extrême les idéaux révolutionnaires ?
    "Liberté, égalité, fraternité" ça se pense, ça se dit, ça se fait. La liberté totale de l'individu exige une extrême responsabilité. L'égalité parfaite des citoyens exige une extrême générosité. La fraternité entre les êtres vivants exige une extrême humilité.
    Chaque être humain possède les ressources nécessaires à l'accomplissement de ce destin... qui est le sien!
    La conscience, la présence d'esprit comme conditions de l'harmonie - ça s'entretient. L'éducation, la transmission comme socles du lien social - ça se pratique. L'empathie et le partage comme garants du bien-être - ça s'organise.
     
    Pas de socialisme niveleur, mais une société harmonieuse.
    Pas d'individualisme forcené, mais un être radieux.
     
    Je rêve donc je pense donc je suis...
     
    Une seule humanité libre et responsable. Un seul monde où vivre, celui du vivant. Une seule destination, la poursuite du vivant. Une seule motivation, le bien-être dans l'intérêt général. Une seule contrainte, la mort chemin faisant.  L'autre n'est plus un obstacle, c'est une main, un pas, une voix, un regard - par lesquels je prends conscience de moi et du reste.
    Par où commencer ? Voltaire a déjà répondu à cette question dans son "Candide".
    En commençant par soi et ce qui nous est proche. Charité bien ordonnée, disent nos (arrière-)grands-mères.
    Son enfant, son jardin, le voisin et son chien, le commerçant du coin ; et puis la rencontre inopinée, et puis celle qu'on attend plus ou moins... jusqu'à ce qu'on décide d'aller au-devant, quand derrière soi tout s'apaise. Et si tout le monde, c'est-à-dire si chacun fait de même, à sa façon : adieu peau-de-vache, cochon! Dieux, maîtres, poisons!
     
    Sortir de la sclérose!
    Parlons-en...
     
    "- Non, mais arrête de rêver, tu vois pas que c'est l'argent qui régit le monde ?
     - Ben si. Mais si l'argent retrouve sa destination première d'être une monnaie d'échange et non une fin en soi, alors...
     - Non, mais attends, tu crois qu'il n'y aura plus d'assassins, plus de violeurs, plus de tricheurs ? C'est mal connaître la nature humaine!
     - C'est méconnaître la nature humaine que de la cantonner dans les symptômes hérités d'un climat de violence somme toute fabriqué.
     - Non, mais oh! et tu crois que les autres là-haut, les patrons et tout, ils vont lâcher le bout de gras comme ça!
     - Ben, si y a plus personne pour leur donner du gras, il faudra bien qu'ils viennent le demander ou qu'ils maigrissent.
     - Non, eh! Tu les connais pas, là. A coups de pompes dans le cul ils vont te le reprendre leur bout de gras.
     - Ben, à la fin des fins je voudrais bien donner raison à Ghandi, mais d'ici là, il faudra peut-être se battre - d'une façon ou d'une autre, c'est peut-être là qu'il faut s'atteler à imaginer autre chose que ce qui n'a pas porté ses fruits ; quelque chose qui ne soit pas le moine ni le guerrillero. Je ne sais pas quoi.
     - Non ? Ben, je peux te dire que pendant que tu cherches, y en a qui s'en foutent plein les fouilles et qui s'en tapent de tes rêves parce que d'ici à ce qu'on le voie venir ton monde de ni que ni qu'est-ce, ils auront bien rigolé dans leurs palais pendant que tu seras tout sec à force de parler.
     - Ben, parler ne suffit pas, mais je ne vais pas non plus agir à ta place. Je me débrouille avec mon jardin. Et je t'en aprle, des fois que ça serve le tien. Et tu me réponds, et ça peut servir le mien.
     - Hein ?
     - Ouais non, rien. Tiens, remets-nous donc un p'tit blanc sec.
     - T'as raison."
     
    July, 2006

    Ah ça ira!

    Ben oui, obligé!
    Etant né au coeur des sixties, j'en traîne avec moi les parfums, les échos et certaine conception de la place de l'individu dans la société, de celle de l'humain dans le cosmos, tout ça...
     
    Enfant, j'ai perçu cette bascule d'une culture du DEVOIR à une culture de L'EXPERIENCE PERSONNELLE. La chute des vieux empires, le modèle occidental mis à mal, les fossés qui se creusent dans les nations et leurs générations mal_heureuses... Adolescent, j'ai respiré des aspirations libertaires que la crise énergétique eut tôt fait de renvoyer aux calendes. Des mariages mixtes et précoces qui aboutissent au divorce, des idéaux sitôt contraints de faire profil bas, Cosmos 99 chassé par Goldorak ; c'est du progrès, ça !?! Puis vint le nécessaire (?) retour au réalisme gestionnaire des années '80 (Gérant, pardon, Garant Suprême de l'Individu, seul et bien comme ça, à jouer perso et tout - ultralibéral pour le coup). Aujourd'hui, j'en reviens pas : on n'en est pas revenus!
     

    Ah, ça!
    Force est de constater maintenant combien l'individualisme pourrit les rapports entre les êtres au profit de... l'avoir!
    Pourtant, certain monsieur le ministre André MALRAUX, avança, avec la vergue vibrante et péremptoire qui le caractérisait, ce propos visionnaire, prophétique : "Le XXIème siècle sera une ère spirituelle ou ne sera pas!"
    OULLA! 'Tassion les yeux!
    J'entends d'ici les fondamentalistes religieux de tout poil prêts à se gargariser d'un tel propos pour justifier leur dogme. Habiles orateurs et (feints) docteurs de pensée sauraient trouver dans cette phrase de quoi étayer leur volonté rétrograde de régir la société civile selon un code moral fallacieusement - si ce n'est abusivement, commandé par des préceptes religieux.
    HOP! STOP! Vous avez mal lu messieurs les censeurs! "Spirituel" signifie "de l'Esprit", la question de la foi, celle de la religion s'y trouvent incluses certes,  mais pas seulement.

    Ah ça!
    Le combat de l'ombre et de la lumière est de tous les temps passés et sera de tous ceux à venir. Sauf que depuis Hiroshima - et maintenant avec les nanotechnologies, l'homme a acquis les moyens d'anéantir son espèce et au besoin toute forme de vie connue sur Terre. Du coup, les temps à venir ne sont plus certains - dépendent de notre capacité d'être humains. C'est-à-dire notre capacité d'assumer ce qui nous constitue : l'exercice de la conscience. Comme je me plais à le penser : l'univers a créé l'Homme pour avoir, ne fût-ce qu'un instant, conscience de lui-même. Ce que nous entreprenons aujourd'hui, les uns envers les autres, en nos âmes et consciences, est donc lourd de conséquence. Mais cette lourdeur (qui rend ce billet bien pesant et sentencieux) doit être justement contrebalancée par la légèreté de l'esprit (voir billets plus légers sur ce blog ou ailleurs!).
    L'esprit!

    Ah ça ira!
    Dégagé de la peur, exempt de toute vanité, humble devant ses fragilités, résistant à la facilité, l'esprit doit être libre de penser ou de croire. Pour ma part, je ne peux croire sans savoir. Je ne m'autorise donc qu'à penser et exprimer ma pensée. Sachant que je peux faire des erreurs, je me sais aussi perfectible, sensible à ce que tu peux m'apporter. J'attends donc un commentaire, un propos, un avis, une pensée contradictoires avec les miens, de sorte que l'esprit qui m'anime évolue, s'abreuve de ce qui émane de l'autre, toi. De là, de ce jeu d'allers et retours d'influences et de bons procédés, d'intentions et d'actes posés, je me sens prêt à affirmer qu'en effet :
    JE PEUT TOUT ME PERMETTRE.

    Ah ça ira, ça ira, ça ira!
    Les obscurantistes à la lanterne!
    Ah ça ira, ça ira, ça ira! Les obscurantistes on les aura!
    (to be continued)